Apprendre le français quand on arrive en France

Comment apprend-on le français lorsque l’on arrive en France ? Pour présenter cet aspect méconnu de la vie des migrants en France, nous sommes allés à la rencontre de Mohamed Hashim. Accueilli avec sa famille par notre association en juin dernier, le père de famille soudanais est inscrit au cours du DELF à l’Université de Bourgogne. Aujourd’hui, Mohamed nous raconte son expérience du Diplôme d’Études en Langues Française. 

Bonjour Mohamed, merci de prendre le temps de nous présenter ta formation. Je vais commencer par demander : combien de temps dure cette formation ? 

Bonjour, oui aucun problème ça me fait plaisir de parler de ça et surtout pouvoir pratiquer un peu mon français ! La formation de l’Université dure deux ans normalement. On commence la première année avec [un] objectif de A2 ou B1 et on fait la deuxième que si on veut continuer. Nous avons cours de français de 9h à midi toute la semaine et cours l’après-midi deux ou trois fois par semaine. En plus, je suis maintenant dans un programme de tutorat où un étudiant m’aide [à progresser] en français deux jours par semaine.

Note : Les niveaux de langues se hiérarchisent dans l’ordre suivant : A1, A2, B1, B2, C1, C2, A1 étant novice et C2 parfaitement bilingue.

C’est quoi la différence entre ce tutorat et les cours ? 

C’est un super programme car je peux parler en liberté avec ce tuteur. En cours, la professeure parle très vite et nous n’avons pas toujours le temps de préparer nos réponses en direct. L’étudiant, lui, il prend le temps de bien expliquer certains sujets comme par exemple le subjonctif, qui est difficile à comprendre. L’étudiant m’explique très lentement pour que je comprenne bien.

Qu’est-ce que vous apprenez en classe ? 

Dans ce cours il y a trois matières principales : informatique, français intensif et culture française. La culture, c’est pas facile pour moi, surtout la culture gastronomique : comment on commande au restaurant, comment on cuisine, comment on mange chez des gens quand on est invité. C’est très complet, on voit aussi comment on fait du fromage, du yaourt, comment on produit du lait. 

C’est très détaillé, qu’est-ce qui est le plus difficile ? 

C’est difficile car il y a beaucoup de culture de la gastronomie en France : apporter un cadeau quand on est invité chez quelqu’un par exemple. Ensuite l’ordre du repas : entrée, plat, dessert c’est ça ? Ça fait beaucoup de culture !

Vous avez des supports pour apprendre ? 

Oui oui, il y a trois livres de français : un de français intensif, un cahier d’activité et un autre pour la culture. il y en a aussi un pour l’informatique mais ça reste dans la salle informatique. 

Qu’est-ce que vous apprenez en informatique ? 

En informatique on apprend à se servir de word, d’excel, de powerpoint. On apprend comment faire un CV, comment envoyer un e-mail. C’est assez facile pour moi parce que je savais déjà comment faire avant. 

Quel âge ont les autres élèves ?

On est 22 élèves dans le groupe, [il] y en a qui ont 46 ans comme moi, un autre 52 ans et d’autres sont beaucoup plus jeunes et ont entre 23 et 30 ans. On est souvent en groupe parce qu’il y a beaucoup d’oral à l’Université. Chaque jour il y a 3 exercices : oral, écrit et compréhension orale. On [les] fait en groupe, ça nous permet [de] pratiquer entre nous.  C’est amusant car l’âge n’est pas important, tout le monde a un accent, albanais, turc, arabe, etc.

Qu’est-ce qui est le plus dur à l’oral ?

La phonétique c’est pas facile pour nous parce qu’il y a beaucoup de consonnes qu’on a pas en Arabe : par exemple le P et le B sont difficiles. C’est pareil pour les voyelles comme é è e, il y a beaucoup de chapeaux différents sur les lettres en Français ! Il y a beaucoup de sons différents, c’est pas que moi qui le dit mais aussi les autres demandeurs d’asile !

Quelles nationalités sont représentées dans la classe ? 

Il y a beaucoup de nationalités différentes : [des] syriens, [des] albanais, [des] turcs. Il y a une femme portugaise qui [n’]est pas demandeuse d’asile et qui est ici seulement pour apprendre à parler français parce qu’elle dit que ça l’aidera à mieux trouver du travail [au] Portugal ou en Espagne.

Est-ce que vous faites des exercices pratiques de fois ?

Oui, nous avons fait [un] petit voyage dans une petite ville près de Mâcon (note : vers Lyon), on est resté deux jours dans le cadre du programme. La ville était très intéressante et [les] visites guidées ont aidé à mieux comprendre l’histoire.

Est-ce qu’il y a un certificat à la fin ? Ou un diplôme ?

En fait il y deux tests à la fin de l’année : le “DE-passerelle”, c’est comme le vrai DELF mais c’est signé “Université de Bourgogne” et puis il y a le vrai test DELF, niveaux A2, B1 ou B2 et ce test [n’]est pas gratuit. Heureusement, l’Université nous aide, elle paie une grande partie et nous seulement 30€ pour passer le test. Si on a le DELF, c’est valable pour toute la vie. Mais celui de l’Université de Bourgogne est temporaire. Ensuite, les gens qui veulent s’améliorer restent une deuxième année.

Est-ce qu’il y a des cours qui changent en 2e année ? 

Oui, il y a par exemple des ateliers professionnels : une dame et un monsieur viennent discuter avec les élèves pour les aider à faire un futur. Par exemple, ils nous aident à recommencer des études. Moi par exemple j’ai eu une équivalence de mon diplôme au Soudan. Donc j’ai un certificat français de licence en ingénierie mécanique mais maintenant il faut un niveau B1 ou B2 en langue française pour retrouver un bon travail, dans ce que je sais faire. ça coûte 70€ pour avoir une “attestation de comparabilité pour un diplôme obtenu à l’étranger” et puis le papier explique qu’il faut 3 ans pour un master.

Et pour les personnes qui ne font pas d’études ?  

Les personnes en atelier pro aident aussi à trouver [un] travail ou montrent aux gens comment ça marche l’Université, les études, etc. Par exemple, ils ont montré à quelqu’un de la classe un BTS et maintenant il fait ça. [Il] y a un autre soudanais qui est en 2ème année de chimie maintenant, dans les laboratoires et un autre qui commence une faculté d’informatique.

Pour conclure, tu dirais quoi de ce programme ? 

Ce programme aide beaucoup pour la langue française mais aussi pour s’intégrer dans la vie française, il y a tellement de culture française ! Je suis vraiment content, avec le programme de l’Université, je sens que la vie en France va changer pour moi, [qu’]elle sera plus simple. Avant je stressais vite mais maintenant je suis plus confiant. 

Propos de Mohamed Hashim, recueillis le 15 novembre 2021.

Pour en savoir plus sur les autres programmes apprenant le français aux réfugiés à Dijon, cliquez sur ce lien.

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